TRIBUNE/HOMMAGE À LA PRESSE MALIENNE : UNE VOIX AU CŒUR DE L’HISTOIRE DU MALI
De 1960 à nos jours, la presse malienne a traversé les différentes étapes de l’histoire de notre nation. Elle a connu les périodes les plus difficiles, accompagné les grandes transformations de notre société et, à plusieurs moments, contribué à faire entendre la voix des citoyens…

Rendre hommage à la presse malienne, c’est donc rendre hommage à des générations de journalistes, de techniciens, d’animateurs, de photographes, de cameramen, de réalisateurs et de professionnels des médias qui, chacun à son époque, ont contribué à informer le peuple malien.
De l’indépendance à l’ouverture médiatique
Au lendemain de l’indépendance, en 1960, le paysage médiatique malien était essentiellement public. La radio occupait une place centrale dans la vie du pays et la presse écrite accompagnait la construction de la nouvelle République.
L’Essor, créé en 1961, s’est imposé comme l’un des principaux journaux de cette première période. La radio nationale, pour sa part, a constitué pendant des années une véritable école de journalisme, de reportage, d’animation et de technique radiophonique.
Des générations de professionnels y ont appris le métier et ont marqué durablement la mémoire collective par leurs voix, leurs reportages, leurs émissions et leur manière de raconter le Mali.
La télévision est ensuite venue élargir cet espace médiatique. Le 22 septembre 1983, un centre de télévision financé avec le soutien de la Libye a été inauguré à Bamako. Cette étape a permis au Mali de disposer d’une télévision diffusant en couleur.
Cette période a vu l’émergence de nombreux journalistes, animateurs et techniciens talentueux. Ils ont contribué à faire vivre l’information nationale et à rapprocher davantage les populations de l’actualité du pays.
1989-1991 : la presse au cœur du changement
À la fin des années 1980, une nouvelle génération de journalistes et d’intellectuels va contribuer à faire évoluer le paysage médiatique.
En mars 1989, paraît Les Échos, lancé dans le cadre de la coopérative culturelle Jamana. Les sources historiques le présentent comme le premier journal privé malien de cette période.
Il faut ici rappeler le courage de celles et ceux qui ont pris le risque de créer une presse indépendante dans un contexte politique difficile.
Puis viennent d’autres titres, notamment
L’Aurore, Le Républicain, Nouvel Horizon, Le Scorpion, L’Indépendant, Soir de Bamako, Info-Matin et bien d’autres. Entre 1990 et 1993, le paysage de la presse écrite malienne connaît une véritable explosion, avec plusieurs dizaines de nouveaux titres.
La presse écrite devient alors un espace essentiel de débat, de confrontation des idées et d’information des citoyens.
1991 : la naissance des radios libres
La grande rupture intervient également dans le domaine radiophonique.
Après les événements de mars 1991 et l’ouverture démocratique, les premières radios privées et libres apparaissent. Radio Bamakan commence à émettre en septembre 1991 et Radio Liberté suit quelques semaines plus tard. D’autres radios vont rapidement rejoindre ce mouvement : FR3, Kayira, Klédu, Jékafô, Guintan, Benkan, ainsi que de nombreuses autres stations.
Ces radios vont profondément transformer le rapport des Maliens à l’information.
La radio n’est plus seulement une voix venant de la capitale. Elle devient progressivement une présence dans les quartiers, les villages, les régions et jusque dans les zones les plus éloignées du territoire.
Des animateurs et des journalistes, souvent très jeunes, vont conquérir leur public par leur proximité, leur connaissance des langues nationales, leur capacité à expliquer l’actualité et leur contact direct avec les populations.
Radio Bamakan, notamment, a marqué cette histoire. Son apparition en 1991 est considérée comme un moment fondateur de la radio libre au Mali.
De la radio à la télévision privée
L’ouverture du paysage audiovisuel ne s’est pas arrêtée à la radio.
Pendant longtemps, la télévision nationale a occupé pratiquement tout l’espace télévisuel. Avec l’évolution du secteur médiatique, les télévisions privées vont progressivement apparaître.
L’arrivée de nouvelles chaînes comme Africable TV, Renouveau TV, Cherifla TV et d’autres acteurs va ouvrir une nouvelle étape.
Ces médias ont donné leur chance à une nouvelle génération de professionnels : journalistes, présentateurs, animateurs, réalisateurs, techniciens, cameramen et producteurs.
Ils ont également contribué à diversifier les programmes et à rapprocher davantage la télévision des réalités quotidiennes des Maliens.
Puis est arrivée la révolution numérique
Aujourd’hui, une nouvelle transformation est en cours.
Après la presse écrite, la radio et la télévision, le Mali connaît l’essor de la presse en ligne et des réseaux sociaux.
Désormais, l’information peut être produite et diffusée instantanément à partir d’un téléphone portable.
Cette révolution a incontestablement élargi l’accès à la parole publique.
Mais elle pose également une question fondamentale : comment distinguer l’information vérifiée de la simple publication instantanée ?
Tout détenteur d’un téléphone peut aujourd’hui filmer, commenter et diffuser une information. Cette démocratisation de la parole est une réalité nouvelle. Mais elle ne signifie pas que toute publication relève automatiquement du journalisme professionnel.
C’est là que se trouve l’un des grands défis de notre époque.
Le journaliste n’est pas un militant d’une cause
Le métier de journaliste repose avant tout sur une responsabilité : chercher l’information, la vérifier, la traiter et la porter à la connaissance du public.
Un journaliste peut avoir ses convictions personnelles. Mais dans l’exercice de son métier, il doit conserver autant que possible la distance nécessaire pour informer.
Il n’est pas obligé de soutenir une position, un parti, un gouvernement ou une personnalité.
Sa première responsabilité est envers l’information et le public.
C’est pourquoi la presse a souvent été considérée comme un «quatrième pouvoir» : non pas parce qu’elle gouverne, mais parce qu’elle peut contribuer à éclairer les citoyens, à questionner les responsables et à rendre compte des réalités de la société.
Cette responsabilité devient encore plus importante à l’époque des réseaux sociaux, où une information non vérifiée peut être diffusée à des milliers de personnes en quelques minutes.
Une histoire à préserver
De 1960 à aujourd’hui, l’histoire de la presse malienne est donc aussi une partie de l’histoire de notre pays.
Il y a eu L’Essor et la radio nationale, les pionniers de la télévision, les journalistes et techniciens qui ont travaillé dans des conditions parfois difficiles, puis Les Échos et les autres journaux indépendants, les radios libres de 1991, les télévisions privées et, enfin, la presse numérique.
Derrière ces noms et ces institutions, il y a surtout des femmes et des hommes.
Des journalistes qui ont consacré leur jeunesse à ce métier. Des techniciens qui travaillaient derrière les micros et les caméras. Des animateurs dont les voix ont accompagné plusieurs générations.
Des reporters qui se sont déplacés dans les quartiers, les villages et les régions pour rapporter ce qu’ils avaient vu et entendu.
À tous ces pionniers et à toutes les générations de professionnels qui ont fait et continuent de faire vivre la presse malienne, nous devons respect et reconnaissance.
L’histoire de la presse malienne n’est pas seulement l’histoire des journaux, des radios ou des télévisions.
C’est aussi l’histoire d’une société qui, au fil des décennies, a cherché à mieux s’informer, à mieux comprendre son pays et à faire entendre ses différentes voix.
Rendre hommage à la presse malienne, c’est donc rendre hommage à celles et ceux qui ont consacré leur talent, leur courage et parfois toute leur vie à une idée essentielle : informer le peuple malien.
Et aujourd’hui plus que jamais, cette mission exige professionnalisme, vérification, responsabilité, indépendance et respect de la vérité.
Nouhoum TOGO
Juriste-communicateur
Consultant-journaliste
Officier de l’ordre national du Mali.