Culture : Seydou Camara, un œil photographique à la conquête du monde
Ce diplômé des sciences juridiques à l’ex ENA de Bamako, s’investit aujourd’hui à rayonner la photographie d’art contemporain du pays aux quatre coins du moins. Seydou Camara dirige depuis bientôt une décennie un collectif de jeunes photographes, dénommé YamarouPhoto, qui multiplie les initiatives en faveurs du développement l’art visuel dont sa capitale est une plaque incontournable.
Certains penseurs universaliste soutiennent que « l’amour n’a pas de couleurs ». C’est, cet amour incolore qui a poussé cet homme prédestiné à plus réfléchir sur les lois de la république qu’à porter un regard artistique sur les objectifs d’un appareil. Seydou Camara s’enflamme avec enthousiaste à immortaliser les émotions, les peines, le courage, l’espoir et l’espérance d’un Mali qui ne cesse de se battre pour la paix et la réconciliation.
« Les photographes d’art doivent aujourd’hui avoir une mission au service de la paix, le vivre-ensemble. Nos œuvres doivent contribuer à prolonger le débat et alimenter les réflexions », nous a t-il confié.
Les initiatives à la rescousse de la communauté

Ces dernières années, les projets communautaires de l’association YamarouPhoto se multiplient. Ces initiatives photographiques de la structure dirigée par Seydou Camara, visent essentiellement à vulgariser l’art de la photographie au sein de ces nombreuses communautés maliennes frappées par une précarité et un manque d’éducation ravageur. Au Mali, aujourd’hui la photo ne veut « absolument » rien dire. Les clichés ne sont considérés qu’aux moments des grandes cérémonies de mariage, de baptêmes ainsi que d’autres événements sociaux.
Face à ce mépris à l’endroit des œuvres photographiques d’art, dont le Mali incarne, sur la ville de « trois caïmans », cette identité internationale, YamarouPhoto se livre à une croisade sans limite. Pour donner à la photographie son aura d’antan. Cette croisade, concerne notamment la formation et la professionnalisation des photographes locaux à travers les grandes villes, à Sikasso, et Kayes, particulièrement. Les jeunes talibés (mendiants et enfants de la rue) de Mopti ainsi que les jeunes des quartiers périphérique de Bamako ont appris l’art des objectifs à travers le projet « entre fragilité et résilience ». Ce n’est pas que cela, les orphelins d’un orphelinat de la commune 4 de Bamako ont également été formés à capturer artistiquement l’émotion des populations.
Cependant, YamarouPhoto est un espace de formation, de réflexion et d’échanges entre professionnels de la photographie d’une part et entre ceux-ci et le public d’autre part.
Cadre de pratique et d’élaboration de nouvelles stratégies pour le développement de la photographie au Mali, Yamarou Photo organise également des séances d’initiation, de formation aux techniques de prise de vue et de création artistique contemporaine à l’endroit des jeunes (hommes et femmes) scolaires et étudiants et amoureux de la photographie.
Pour Seydou Camara, l’origine de ce mot remonte à l’histoire du prince Mandé Bugari. « Il s’agit du frère cadet du légendaire roi du Mandé Sunjata Keita, qui le suivit dans son exil à Méma. C’était un jeune homme d’une grande ingéniosité qui savait entreprendre et réaliser une panoplie de choses de par lui-même, sans recevoir de quiconque un apprentissage préalable. Mandé Bugari est célébré à travers une chanson qui lui est dédié et dont les paroles sont :
Oh Yamaru l’amusement n’empêche pas le sérieux Oui, cela est sa devise a lui :
Oh Yamaru l’amusement n’empêche pas le sérieux C’est de Manden Bugari qu’on dit cela……. », nous a t-il expliqué.
La passion de la photographie et de l’image
L’enfant dont les parents ont réservé une destinée administrative, séduit aujourd’hui la scène internationale de la photographie. Durant son jeune parcours, Seydou Camara a participé à plusieurs rencontres internationales, notamment au Documenta 14 à Athènes en Grèce et Documenta 15 à Kassel (Allemagne). Il a également été nommé finaliste de la bourse Howard Chapnick 2022.
En 2018 il est retenu aux 100 photographes du Monde qui ont exposé au festival à Wilson. Il est détenteur du prix de Fondation Blachère ; il a été sélectionné à Stories en Egypte et aux Rencontres Internationales d’Art Contemporain d’Alger, et son exposition à Stockholm, dans la capitale suédoise.
Le patron de YamarouPhoto a participé à la 11ième et la 8ème édition de la Biennale des Rencontres Africaines de la Photographie à Bamako.
Dès lors, l’homme est sollicité par des ONG, des organisations internationales (HCR, Handicap international, PNUD, MSF, New Vision, World Vision, i 4 for Africa .…) , les journaux internationaux (Le Monde, Libération, IS ,One World …) pour des reportages.
Par la suite ses images ont été publiées dans beaucoup de catalogue et magazines comme « l’Insensé et Aperture… »
L’enfant de Ségou vient de boucler un pèlerinage culturel à Amsterdam pour parler de son studio éphémère qui met à l’honneur les « Korêdouga », une confrérie secrète du Mali, connu sur le nom, « les bouffons sacrés », des clowns ouest-africains. La philosophie de ces bouffons maliens a laissé un trait de sourire sur les visages des réfugiés ukrainiens dans un camp de réfugiés situé à proximité d’Amsterdam, la capitale néerlandaise, lors de la tournée européenne de ce studio kôrêduga de la structure “Yamarouphoto”, en octobre 2023. Ce studio démontable est constitué par les tissus multicolores à l’image de l’accoutrement des kôrêduga. A l’intérieur de ce studio photo se trouvent des boubous et les différents objets que portent les membres de cette société secrète, pour « ceux qui viendront se photographier. Ils portent ces objets sacrés des kôrêduga et nous mettons de la musique et tu danses en même temps on prend la photo. C’est pour capter la joie et disperser ces milliers de sourires que ces hommes sacrés de notre société peuvent donner aujourd’hui, à qui connait la situation du monde » estime Seydou Camara, Directeur artistique de Yamarouphoto.
Revenus dans la capitale néerlandaise, le mois dernier, après son séjour de 2023, les yamaristes ont notamment animé des conférences lors de « Africadag », pour parler de la philosophie des « Korêdouga » à travers la photographie.
Pour l’instant, YamarouPhoto pense à un grand événement pour récompenser les acteurs culturels du Mali en 2025. « Cette initiative s’appelle IBI, elle vise à récompenser les meilleurs acteurs culturels dans leurs domaines durant ces trois dernières années. Nous l’organiserons, en fin 2025. C’est un événement qui sera unique au Mali, inshallah », a souligné Seydou Camara, directeur artistique de YamarouPhoto.
Sidi Sow