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Bamako Ville Neuve : Entre vitrine institutionnelle et insalubrité persistante

Présentée par la Direction des Services Urbains de Voirie et d’Assainissement (DSUVA) comme une réussite exemplaire, la nouvelle dynamique d’assainissement à Bamako serait, selon les communiqués officiels, un « pari réussi ». Pourtant, au-delà des annonces et des images valorisées, l’observation du terrain nuance fortement ce satisfecit.

Il serait excessif de nier toute avancée. Certaines grandes artères et zones à forte visibilité institutionnelle affichent un mieux relatif. Les opérations de balayage et de curage y sont plus régulières et mieux encadrées.

Cependant, cette embellie demeure circonscrite aux axes stratégiques. Dans de nombreux quartiers périphériques du district, les dépôts sauvages d’ordures réapparaissent peu après les opérations de nettoyage. Les rues sont considérés, au vu et au su de comme des fausses. Les caniveaux, souvent laissés sans entretien approfondi durant de longs mois, se bouchent à nouveau. À chaque épisode pluvieux, le scénario se répète : stagnation des eaux, chaussées dégradées, habitations menacées d’inondation.

La communication officielle insiste sur la « rigueur » et la « discipline ». Toutefois, plusieurs indicateurs essentiels demeurent difficilement accessibles : Quel volume réel de déchets est collecté mensuellement ? Quel est le coût détaillé des opérations d’assainissement ? Pourquoi l’État se désintéresse de la salubrité et l’entretient environnemental ?

En l’absence de données publiques, vérifiables et auditées, l’évaluation objective de la politique menée reste limitée. L’expérience du contrat passé avec la société Ozone, évalué à près de 5 milliards de FCFA, demeure dans les mémoires et rappelle l’importance d’une transparence accrue. Une politique publique ne saurait se réduire à des déclarations d’intention.

Tant que ces structures de proximité ne bénéficieront pas d’une stabilisation financière et technique, la collecte restera irrégulière. L’insalubrité continuera alors de prospérer dans les zones les moins visibles, accentuant les inégalités territoriales.

Au-delà de l’esthétique urbaine, la question est avant tout sanitaire. L’accumulation des déchets favorise la prolifération des moustiques et contribue à l’augmentation des cas de paludisme, d’infections respiratoires et d’autres pathologies liées à un environnement dégradé.

Les eaux stagnantes et les caniveaux obstrués accélèrent également la détérioration des infrastructures routières, alourdissant la facture économique et sociale. La propreté d’une capitale ne relève pas du confort : elle constitue un impératif de santé publique et de dignité collective.

Dans ces conditions, qualifier la situation actuelle de « pari réussi » paraît prématuré, voire en décalage avec le vécu quotidien de nombreux habitants.

L’assainissement d’une capitale ne se décrète pas par communiqué. Il repose sur un dispositif cohérent articulant planification rigoureuse, financement pérenne, contrôle indépendant, sensibilisation continue et responsabilisation citoyenne.

Or, à Bamako, les campagnes de sensibilisation demeurent sporadiques. Aucun programme massif et structuré d’éducation environnementale (notamment en milieu scolaire ou à travers les médias communautaires) n’accompagne durablement les actions engagées.

La capitale malienne mérite davantage qu’une opération de communication ponctuelle. Elle appelle une politique d’assainissement transparente, équitable et mesurable.

Plutôt qu’un satisfecit hâtif, la situation impose une évaluation rigoureuse et une réorientation stratégique si nécessaire. Gouverner, c’est assumer. En matière d’assainissement, l’heure n’est plus aux proclamations, mais aux résultats concrets et vérifiables.

Ibrahim B

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