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Mali : on nous a trop volés

Suite à l’éclatement de la Fédération du Mali, auquel la France n’est pas étrangère, le Soudan Français a été proclamé indépendant le 22 septembre 1960 en tant que république du Mali. Après plus d’un demi-siècle, aucun objectif stratégique majeur n’a été atteint. Le prouvent à suffisance les crises politiques, économiques et sociales qui se sont succédé jusqu’à la création de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) dont le but essentiel reste l’acquisition d’une souveraineté réelle. Qui faut-il en blâmer, la France impérialiste ou le dilettantisme des hommes politiques maliens ?

Seule importe la défense des intérêts du Mali

L’Union Soudanaise – Section du Rassemblement Démocratique Africain (US- RDA), le parti qui a conduit le pays à l’indépendance était partisan de la souveraineté immédiate, pendant que son grand rival, le Parti Progressiste Soudanais (PSP) militait pour la poursuite de la collaboration au sein de la communauté française. Sitôt l’indépendance politique acquise, le président Modibo Kéita va se joindre au combat pour la libération des peuples opprimés et aider l’Algérie à s’émanciper du joug colonial français. Alors, comment l’Algérie a-t-elle pu rejoindre la France son bourreau d’hier, dans une entreprise de déstabilisation du Mali, son ancien bienfaiteur ? C’est la principale leçon de géopolitique à tirer de la crise actuelle. En effet, les Etats doivent défendre leurs intérêts sans état d’âme. La volonté de contrôler le Sahel et ses immenses ressources minérales et minières, a uni la France et l’Algérie contre le Mali. Pour mettre en œuvre ce vampirisme d’Etat, la France a actionné tous ses réseaux africains corvéables à souhait, notamment au sein de la CEDEAO, à l’exception du Burkina Faso et du Niger qui ont fini par rejoindre le Mali pour créer l’AES, une confédération devenue un os dur à avaler et un cauchemar pour l’Occident. De son côté, l’Algérie a mis à contribution la Mauritanie, devenue un centre de transit des groupes armés. Les prédateurs internes issus des anciens partis politiques et de la société civile ne sont pas en reste, mais ils sont bien tenus en respect par le peuple malien resté loyal envers les autorités. Malheur donc au pays dont le dirigeant joue à la sentinelle endormie pendant qu’on pille ses ressources contre des broutilles ! Il s’agit à présent de sauver le Mali, en instaurant une gouvernance vertueuse et en déconstruisant un système de prédation inique, imposé depuis plus de soixante ans par la France, avec le soutien de complices internes. La lecture parfaite de la situation par Assimi Goïta explique son engagement à lutter sans répit jusqu’à la libération totale du pays.

la solidarité dans le mal a provoqué le chaos

La célébration de la messe noire franco-algérienne et la danse du scalp autour du Mali sont allées crescendo. Ainsi, sous la 1ère république, le président Modibo Kéita a entretenu de bonnes relations avec son homologue Ouari Boumédienne, reconnaissant à Bamako pour son soutien au FLNA dans sa guerre de libération contre la France. Malgré le coup d’état militaire de 1968, le président Moussa Traoré va bénéficier de la même bienveillance auprès des autorités algériennes. Cependant, quand arriva la 3ème république au cours de laquelle l’armée nationale a été déstructurée au motif qu’elle serait une menace pour la démocratie et les droits de l’homme, la donne a complètement changé. On sait aujourd’hui qu’un pays sans puissance militaire n’inspire ni respect, ni crainte. Dans le même temps, pour contenir le Front Islamique du Salut (FIS) qui montait en puissance, les autorités algériennes vont lui aménager une zone d’influence dans la région de Kidal, qui va devenir par procuration la chasse gardée de l’Algérie, dont la tâche sera facilitée par le démantèlement de tous les camps militaires dans tout le nord du pays. L’Administration malienne confinée dans un rôle purement protocolaire, les Islamistes algériens et certains groupes rebelles y règneront en maîtres et exploiteront les ressources du sous-sol. Chacun des présidents de l’ère démocratique le savait mais a choisi de laisser faire, retranché derrière un consensus de façade et le label d’une démocratie frelatée soutenue par l’Occident. La France et l’Algérie en ont profité pour mener en bandes organisées, le grand pillage sur fond de prise d’otages et de narco- trafic, avant d’en être chassées par les autorités actuelles. Les élites politiques, dans une grande misère morale, avaient préféré regarder ailleurs, se contentant de reliefs abandonnés au bas de la table à manger. Une démission collective qui a conduit le pays au purgatoire et dont les maliens devraient se souvenir car, qui a trahi son pays le trahira encore.

Même si la défaillance et la corruption des hommes politiques maliens ont fait le lit du chaos commencé en 2012, les poussées d’urticaire et les ruades effrénées des autorités françaises et algériennes face à la montée en puissance de l’AES, trahissent leur implication dans les entreprises de déstabilisation du Sahel. Heureusement, le positionnement stratégique de l’AES, en tant que partenaire de la Russie, de la Chine et bientôt des BRICS, va enfin permettre de briser l’influence toxique et maléfique de la « françafrique ». C’est une question de salut et même de salubrité publique.

Mahamadou Camara

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