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Le Mali, troisième producteur d’or en Afrique, fait face à une contradiction majeure : malgré une production aurifère abondante, ses réserves nationales d’or restent inexistantes, un véritable gâchis pour un pays en reconstruction. Cette situation soulève de sérieuses interrogations sur la gestion stratégique des ressources naturelles et met en lumière des failles structurelles aux conséquences économiques profondes.

Le premier problème réside dans une politique d’exportation quasi intégrale de l’or brut, sans constitution de réserves stratégiques. En privilégiant les recettes immédiates au détriment d’une vision à long terme, l’État malien s’est privé d’un levier essentiel de souveraineté monétaire et financière. Dans un contexte international marqué par l’instabilité économique, l’absence de réserves d’or affaiblit la capacité du pays à faire face aux chocs externes et à sécuriser sa monnaie.

Or, selon des estimations récentes du classement mondial de la production d’or, le Mali figure autour de la 8ᵉ place mondiale en termes de production estimée pour 2025, avec environ 65 tonnes prévues, derrière des pays comme la Chine, la Russie, l’Australie, le Canada, les États-Unis, le Ghana et l’Afrique du Sud.

D’autres sources suggèrent que le Mali pourrait être dans le top 20 mondial, souvent autour de la 16ᵉ place selon les données de production de 2023. En plus, à l’image de son sous-sol hyper riche en or, le pays de Kankou Moussa et soundiata Keïta va progresser dans ces classements.

Cette faiblesse révèle également une gouvernance défaillante du secteur minier. Pendant des décennies, l’exploitation de l’or a largement bénéficié aux multinationales, avec une participation limitée de l’État et des retombées insuffisantes pour l’économie nationale. Le manque de transparence, les exonérations fiscales excessives et la faible capacité de contrôle ont contribué à une fuite massive de richesses, sans accumulation de capital stratégique pour le pays.

Par ailleurs, l’insuffisance voir l’inexistence de réserves d’or traduit un retard préoccupant dans la transformation locale. Le Mali exporte principalement de l’or brut, perdant ainsi la valeur ajoutée liée au raffinage, à la certification et à la commercialisation. Il bénéficie que de 35% de son or extrait par des formes internationales. Cette dépendance empêche la création d’emplois qualifiés et maintient le pays dans une position de fournisseur de matières premières, vulnérable aux fluctuations des cours mondiaux.

Le manque de réserves accentue également la fragilité budgétaire de l’État. En l’absence d’un stock d’or mobilisable, le Mali dépend fortement de l’aide extérieure et de l’endettement pour financer son développement. Cette dépendance limite sa marge de manœuvre politique et compromet sa capacité à investir durablement dans les secteurs sociaux clés comme l’éducation, la santé et les infrastructures.

Cette situation envoie un signal négatif aux générations futures. Un pays riche en ressources qui ne parvient pas à constituer des réserves stratégiques compromet la transmission de sa richesse nationale. L’or, ressource non renouvelable, est extrait aujourd’hui sans garantie d’un héritage économique durable pour demain.

Le manque de réserve d’or au Mali n’est pas un simple déséquilibre comptable, mais le symptôme d’une gestion insuffisamment souveraine et prospective des ressources naturelles. Sans réforme profonde et urgente, ce paradoxe risque de continuer à priver le pays d’un outil essentiel de stabilité, de développement et d’indépendance économique.

Binaté Ibrahim

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