ATELIER NATIONAL SUR LA VACCINATION DU CHEPTEL : LES DÉFIS ET AMBITIONS DU MALI POUR UNE SANTÉ ANIMALE DURABLE

Par Binaté Ibrahim
C’est dans une salle pleine à craquer du PRAPS que s’est ouvert, ce mardi 8juillet 2025, l’atelier national consacré au bilan 2024 et à la programmation 2025 de la campagne de vaccination du cheptel malien. Organisée sous l’égide du Ministère de l’Élevage et de la Pêche, cette rencontre d’envergure a été présidée par le Secrétaire général du département, M. Madi Maténé Keïta, en présence de nombreux partenaires techniques et financiers, ainsi que de représentants des services vétérinaires venus des différentes régions du pays.

Les travaux de l’atelier se poursuivent jusqu’au 10 juillet, avec des sessions techniques, des ateliers de réflexion stratégique et l’adoption d’un plan d’action consolidé pour la campagne 2025.
Une campagne 2024 marquée par des défis persistants
Le bilan dressé par les services vétérinaires nationaux révèle une campagne 2024 conduite dans un contexte particulièrement difficile. Insécurité dans les régions d’élevage, manque de ressources financières et déficit de personnel technique ont affecté la couverture vaccinale. Sur un objectif de plus de 76,8 millions de têtes à vacciner, seulement 53,43 % ont pu être effectivement traitées, soit un peu plus de 41 millions d’animaux.
Pourtant, les résultats en matière de lutte contre certaines maladies prioritaires sont jugés encourageants. Ainsi, la Peste des Petits Ruminants (PPR) a été couverte à hauteur de 79,5 %, tandis que la Péripneumonie Contagieuse Bovine (PPCB) atteint 85,1 % de l’objectif. Des efforts salués par M. Keïta, qui a tenu à rendre hommage « aux agents vétérinaires, aux mandataires, aux éleveurs, aux pouvoirs publics et aux partenaires au développement » pour leur engagement.
Des maladies animales encore virulentes
Malgré ces progrès, le spectre des maladies animales plane toujours sur le cheptel malien. En 2024, 64 foyers épidémiologiques ont été signalés dans diverses régions du pays, impliquant entre autres la rage canine, la fièvre aphteuse, la clavelée, la grippe aviaire et la peste des petits ruminants. Des mesures réglementaires ont permis d’éteindre ces foyers, mais la menace reste réelle, selon les experts.
Le Secrétaire général a, par ailleurs, évoqué des actions importantes dans le domaine de la santé publique vétérinaire, notamment le contrôle des denrées alimentaires d’origine animale. Plus de 75 000 tonnes de viande ont été inspectées, parmi lesquelles 157 tonnes ont été retirées de la consommation pour des raisons sanitaires. De même, 20 tonnes de produits pharmaceutiques vétérinaires contrefaits ont été saisies et détruites.
Perspectives 2025 : des ambitions à la hauteur des enjeux
En 2025, 77,4 millions d’animaux sont visés par la prochaine campagne vaccinale. Un programme ambitieux qui s’inscrit dans une stratégie nationale de stabilisation et de sécurisation du bétail, récemment adoptée par décret. Le Mali entend ainsi consolider son rôle dans les engagements internationaux, notamment l’éradication de la PPR et la maîtrise de la PPCB d’ici 2030.
Pour atteindre ces objectifs, M. Keïta a plaidé pour un renforcement de la gouvernance des services vétérinaires, à travers une législation plus adaptée, des ressources accrues, mais aussi la création annoncée d’une Direction Générale des Services Vétérinaires (DGSV). « Il en va de la santé de notre cheptel, mais aussi de la santé publique, de la sécurité alimentaire et de la crédibilité de nos produits à l’exportation », a-t-il insisté.
L’appel aux partenaires : un engagement renouvelé
M. Keïta a également salué le soutien constant des partenaires comme la FAO, l’OMSA, le PRAPS, l’UEMOA, le CICR, le PDDEPS, l’ILRI, et d’autres acteurs de la coopération. Le ministère reste conscient que les services vétérinaires sont un bien public international, et leur mise aux normes représente un investissement stratégique pour le développement durable du secteur.
Dans un contexte régional et mondial de plus en plus exigeant, l’atelier 2024–2025 apparaît donc comme une étape cruciale pour redéfinir les priorités et mutualiser les efforts autour d’un objectif commun : un cheptel sain, productif et sécurisé au service des populations maliennes.
Le défi est immense, mais les acteurs semblent plus que jamais déterminés à le relever.